Confinement au Pérou, notre première semaine.

Lundi, nous arrivons par un bus de nuit à Lima car la veille au soir, le Président péruvien a décidé de décréter une quarantaine nationale pour 15 jours dans tout le pays. Nous avons donc pris la décision en catastrophe de quitter Trujillo le dimanche soir. Une fois arrivés à Lima, direction notre Airbnb, la maison de Dante. Nous avons eu de la chance d’être acceptés ici car beaucoup de français commencent à relater sur les réseaux sociaux que leurs hébergements ne les acceptent pas… Bref, le début de la galère pour beaucoup d’entre nous. Notre chambre est assez spacieuse, 10 m² avec salle de bain privée. Au moins on sera bien isolés, déjà un bon point ! Nous prenons donc possession des lieux et faisons connaissance avec la famille qui nous héberge. À ce moment là, il est 7h du matin et le couvre feu prend effet à 8h. Nous suivons donc notre hôte pour aller faire quelques courses aux alentours. Manque de bol, elle nous emmène dans des petites épiceries où le choix est très limité. Nous prenons donc un paquet de riz, de la sauce tomate, des œufs et du thon. De quoi faire notre repas du midi en attendant d’aller dans un plus grand supermarché l’après-midi. Une fois de retour dans notre chambre après avoir pris soin de bien nous laver les mains, nous appelons nos familles pour donner des nouvelles. Nous les rassurons, le moral est bon et les premiers contacts avec l’ambassade de France semblent être rassurants. Enfin, à ce moment là uniquement, puisque nous sommes loin d’imaginer la suite du programme qui va être beaucoup plus « fun »… Une série diplomatique digne de « Plus Belle La Vie ». Après quelques échanges sans grand intérêt sur notre situation, nous décidons d’aller dans un plus gros supermarché pour faire nos courses pour la semaine. Ici, les militaires et la police sont présents à chaque carrefour et les contrôles sont permanents. Devant le supermarché 10 policiers avec leurs boucliers anti-émeutes sont en poste pour faire régner l’ordre. Au moins ça donne le ton, ils ne rigoleront pas sur l’application des mesures du gouvernement. Par contre, une fois à l’intérieur du supermarché c’est la cour de récréation. Les péruviens sont sans masques ou presque, les uns sur les autres, touchent les produits des étalages et se touchent le visage… Clairement, ils n’ont pas encore pris la mesure des risques mais on pense que ça va vite changer. En revanche, on nous regarde du coin de l’œil, on ressent bien qu’ils nous imaginent débarqués fraîchement du continent européen avec la maladie dans nos veines. On fait des provisions puis on rentre se réfugier loin du virus dans notre appartement. On regarde les réseaux sociaux, on navigue sur internet pour avoir des informations sur la situation en France, on prend notre repas et on tente d’écouter le discours du président français pour savoir ce qu’il adviendra de nous. Très vite viennent les premières questions sur la suite de notre voyage, sur notre situation et sur notre sécurité ici. On échange beaucoup avec Chloé pour essayer de prendre les meilleures décisions…. Une chose est actée en ce premier jour de confinement, notre tour du monde prendra fin au Pérou sans avoir eu la chance d’apercevoir le célèbre Machu Picchu.

Mardi matin, nous nous réveillons de très bonne heure d’une façon inattendue. En effet, vers 6h du matin, une perruche domiciliée dans une cage située sous notre fenêtre a décidé de se prendre pour un coq. On ne sait pas si c’est notre présence qui l’a inspiré ou non mais en tout cas elle nous a gratifié pendant plus d’une heure de ses cris les plus stridents. Un super premier réveil dans le monde merveilleux du confinement. Vous me direz qu’on aurait pu fermer la fenêtre, sauf qu’ici le vitrage correspond à du demi vitrage, autant dire que fermer ou ouvrir la fenêtre ne vous protège que du vent… Et encore ! Premier réflexe nous prenons nos portables pour voir les dernières nouveautés et surtout pour nous rendre sur le site de l’ambassade de France. À notre grande surprise le site n’est pas encore mis à jour. Les dernières infos datent du dimanche soir et aucune mention du rapatriement. Il existe juste un formulaire à remplir pour savoir où sont situés les français sur le territoire péruvien. Nous le remplissons donc et attendons la suite. Après vient le moment du petit-déjeuner, puis nous retournons sur les réseaux sociaux avant de regarder un épisode d’une série sur Netflix. Nos journées vont vite devenir routinières mais nous nous efforçons de rester occupés pour faire passer le temps. Chloé alterne entre réseaux sociaux, l’écriture dans son carnet de voyage et le dessin. Pour moi je passe l’essentiel de mon temps sur internet ou sur des jeux en ligne. Au moins, moi qui voulait du repos je vais être servi…
Suite au discours du Président de la République la veille qui assure que tous les ressortissants français seront rapatriés nous apprenons qu’il est prévu un vol le vendredi pour ceux ayant déjà un billet de retour en France (ce qui n’est pas notre cas) et qu’ensuite d’autres vols commerciaux seront mis en place pour les autres ressortissants français. Problème sur le site Air France, les prix des billets s’envolent. On trouve des billets à plus de 11 000 euros… Autant dire inaccessible à tous les français présents au Pérou et surtout sur des vols non garantis. Bref, on est assez scandalisés par de telles pratiques et l’ambassade de France ne semble pas s’en soucier.

Jeudi, nous décidons de retourner en course pour faire de plus grosses provisions. Il nous semble de plus en plus évident que nous sommes là pour un bon moment et il faut avouer que sortir faire ses courses est un petit moment de bonheur. Comme quoi, juste voir des personnes dont nous ne partageons pas la langue suffit à devenir une interaction sociale réconfortante. Même se faire insulter par les locaux peut être « plaisant », ça deviendra un sujet de discussion à chaque retour de courses. Après avoir pris un taxi, nous voilà au supermarché. On file rapidement au rayon des pâtes et du riz, ingrédients qui composent la totalité de nos repas. Quelle diversité, quel bonheur dans nos assiettes. Promis quand on rentre en France, on passera quelques jours sans en manger. Heureusement le rayon des confiseries et celui du chocolat sont bien remplis pour le plus grand plaisir de Chloé qui est légèrement gourmande. On constate rapidement qu’il y a plus de rigueur dans la file d’attente qui mène au supermarché. Encore une occasion pour nous d’être dévisagé par les péruviens. On dirait qu’on a enfilé un costume de virus. On ressent ce que peut ressentir un homme sandwich qui se balade en hot-dog toute la journée dans la rue. Pas simple comme métier. Une fois de retour du supermarché, on passe dans notre douche, alias notre « sas de décontamination ». Les situations sont surréalistes, digne d’un film de science-fiction, sauf que cette fois nous ne sommes pas dans un film. L’après-midi, on regarde un film et ensuite notre séance quotidienne de sport. Puis un petit moment de plaisir, on a décidé de faire un gâteau au yaourt et de le partager avec nos hôtes. On était contents de leur faire goûter un gâteau français. Ils ont adoré et en échange ils nous ont fait de la gelée qui a le goût d’un médicament… Bref, on était largement perdants dans l’échange.

Vendredi, une bonne nouvelle vient d’arriver aux infos. Le Président péruvien annonce que plus personne ne peut entrer ou sortir du territoire, quel que soit le moyen de transport. Génial, notre moral qui est déjà au plus haut vient de monter en flèche. Autant manier l’ironie, puisque nous n’avons plus beaucoup d’autres alternatives. Le seul vol que les autorités françaises ont réussi à mettre en place prévu ce vendredi vient d’être décalé au samedi puis finalement au dimanche une heure plus tard. Le top du top, on imagine le stress des futurs passagers qui ont eu la chance d’être sur la liste de l’ambassade. Et pour finir en beauté cette journée encore ponctuée par les prouesses de l’Ambassade de France, les bus qui étaient prévus pour ramener les français de Cuzco et Arequipa à Lima sont annulés et donc les futurs passagers du vol de samedi ne seront pas en mesure de rejoindre la capitale. On frôle la performance internationale de la part des autorités françaises. Je pense même qu’une palme d’or d’honneur leur sera remis au prochain festival de Cannes, s’il a lieu bien évidement. On prend donc contact avec l’Ambassade pour espérer pouvoir récupérer un ticket, bien entendu pas de réponse de leur part. On termine donc notre journée sur beaucoup d’incertitudes sur la suite. En tout cas, on peut vous dire qu’on rigole beaucoup avec nos compagnons d’aventures via WhatsApp (Perrine, Nico, Marion, Iniaki, Clémence, Christopher, …). Un petit épisode de « The Rain » et on file au lit en attendant les prochaines péripéties.

Samedi, nous passons une journée sans vraiment d’intérêt. Je décide de faire le ménage dans l’appartement et nous découvrons un nouvel article nous concernant dans le Républicain Lorrain. Enfin, vers 15h15 les choses commencent à bouger. L’Ambassade de France rentre dans une nouvelle dimension. Elle se met à faire du teasing avec cette phrase sur son site internet « dans quelques minutes de nouvelles informations ». Vous imaginez le stress quotidien des français coincés au Pérou et maintenant l’Ambassade fait monter encore la pression. Ils pensent quoi exactement ? Qu’ils annoncent la sortie du prochain Star Wars ? On ne leur demande pas de se prendre pour le bureau marketing de Disney mais de nous donner des informations simples et concrètes. Mais le rebondissement en vaut la chandelle, puisque 15 minutes après ce magnifique teasing, l’Ambassade annonce que des bus partiront de Cuzco pour rejoindre Lima dans une heure et demie. Quel panique pour les français à Cuzco qui en moins de deux heures doivent faire leurs sacs, payer leurs hôtels, s’organiser pour un trajet en bus de 30 heures jusqu’à Lima et pour rejoindre le lieu de rendez-vous situé à une heure de marche à l’extérieur de Cuzco. Et le comble, les premiers arrivés seront les premiers servis. Il n’y aura sûrement pas de place pour tout le monde et il faudra être en mesure de payer sur place les 70$ demandés. Quelle organisation puisque ceux qui arriveront à prendre ces bus ne pourront de toute manière pas être à l’heure à Lima pour prendre l’avion prévu le lendemain. A 19h, on apprend que les bus de Cuzco ne sont pas partis et que les passagers se sont retrouvés pendant deux heures les uns sur les autres confinés dans les bus. De plus, les français se sont retrouvés à une heure du couvre feu sans logement, sans bus pour les ramener à Cuzco et beaucoup s’inquiète de ne pas être à nouveau acceptés là où ils logeaient. Tout simplement, MA-GI-QUE ! Le soir venu, on retrouve Nicolas et Perrine, coincés en Bolivie, pour un apéritif virtuel. Petit plaisir, on déguste une Corona pour conjurer le sort. On passe un excellent moment à se raconter nos péripéties mutuelles et on leur fait écouter l’enregistrement de France Inter que Marion nous a envoyé plus tôt dans la journée. Dans cet extrait audio on peut entendre un journaliste nous apprendre que le numéro de téléphone d’urgence pour contacter l’Ambassade de France au Pérou envoie les appelants sur le numéro d’une pizzeria située au Bangladesh. Encore une prouesse !

Dimanche, on se lève et on regarde nos portables pour voir les nouvelles. On voit s’afficher l’icône de Gmail qui nous annonce qu’on vient de recevoir un mail de l’Ambassade. Première communication depuis le début par mail, incroyable ! Encore une fois nous ne sommes pas déçu du résultat. Le mail nous informe que les places libérées la veille par les français bloqués à Cuzco ont été réattribuées aux français sur la liste d’attente d’Air France. Au moins l’avion est plein même si on a toujours un doute sur comment sont établies ces listes. Les heureux élus ont rendez-vous à 10h à l’ambassade avant de se rendre à l’aéroport militaire pour décoller vers la France. Ensuite, on se lève, on prend notre petit-déjeuner et Chloé décide de faire une séance de sport. Notre journée alterne entre Netflix, WhatsApp et réseaux sociaux. Petit moment de plaisir, le soir nous décidons de manger des crêpes avant de sortir à 20h pour applaudir les soignants en compagnie de nos hôtes. Ce rituel devient l’occasion tous les soirs de discuter avec nos amis péruviens. On tente de se faire comprendre avec souvent une bonne séance de mimes qui viennent accompagner nos quelques mots d’espagnol.

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